(Presque) Tournai Jazz Festival 2021 – Part 2

Deux concerts ce vendredi au Tournai Jazz Festival (on va l’appeler comme cela, même si ce n’est pas la formule classique mais plutôt une édition particulière post-Covid (?)/ Fête de la Musique).

Deux concerts bien différents mais clairement orientés jazz de tradition.

Dans un Magic Mirrors bien rempli (et qui sera d’ailleurs sold out pour le concert suivant), le duo Ivan Paduart (p) et Patrick Deltenre (g) est venu partager quelques beaux moments de musique délicate.

Pour eux – et comme pour beaucoup de spectateurs – c’est une délivrance de pouvoir renouer avec le live, et le titre d’ouverture (« Délivrance », hé, hé, hé) n’a certainement pas été choisi au hasard.

Heureux d’être sur scène et de pouvoir échanger, le duo en profite pour parcourir en toute décontraction les compositions originales, écrites séparément ou ensemble, du dernier (et second) album paru pendant le confinement : Ear we are (chez Igloo).

Les deux musiciens, qui se connaissent depuis longtemps sont des amoureux des mélodies et la plupart des titres sont construits autour de cet idiome. Simplicité et beauté, sensibilité et lyrisme, voilà quelques mots qui pourraient résumer l’esprit général du concert.

On assiste à un dialogue joliment équilibré qui oscille entre la joie simple (« Aperose »), la pointe de nostalgie (« Pigeons »), les déclarations amoureuses (« Béa ») et une certaine idée de l’insouciance (« Virgo »). Le jeu de Paduart est limpide, sans esbroufe et sans maniérisme, ce qui compte, c’est la progression harmonique, la mélodie et l’envie d’enrichir la conversation avec le partenaire. Deltenre joue, lui aussi, avec beaucoup de souplesse, injectant de-ci, de-là, quelques accents groovy ou quelques touches de blues. Le temps d’un morceau et d’un joli clin d’œil à Toots (« Stardust »), il troquera sa guitare pour l’harmonica. Le concert est agréable et résonne comme un dimanche à la campagne où l’on se laisse bercer par la douceur des airs construits à la manière de chansons que l’on pourrait siffloter. Doux moment.

Changement de ton avec le tout nouveau quartette de Stéphane Mercier. Le saxophoniste a réuni pour le festival (mais il renouvellera sans doute l’expérience par le suite – au Dinant Jazz, entre autres) des vieux complices de haut niveau : Dré Pallemaerts (dm), Nic Thys (cb) et le toujours surprenant Nicola Andrioli (p).

Le mot d’ordre est, à n’en pas douter : jazz, jazz, jazz ! Ce jazz qu’apprécie particulièrement le saxophoniste (et tout amateur qui se respecte). Ce jazz qui swingue, qui bebop et hard bop, celui qui balance, qui échange, qui s’amuse, qui permet à chaque musicien de s’exprimer sans entrave, de prendre de large et d’inventer de beaux solos en toute confiance.

Il faut souligner dès lors le talent qu’a Stéphane Mercier à écrire des thèmes pour ses musiciens – pour ses amis – et le bonheur qu’il a à les entendre les développer eux-mêmes. Si ce n’est pas ça la tradition, qu’est-ce d’autre ? Mais pour cela, il faut aussi trouver les bons partenaires qui vont créer, tordre, malaxer et réinventer cette matière première. Avec la bande qu’il a réuni (et qui n’a pratiquement pas répété avant le concert : ici, on y va au talent, comme à la grande époque !!), Mercier joue sur du velours. D’ailleurs, ça ne tarde pas à fuser de tous les côtés. Chacun ajoute une pièce à l’édifice, avec autant de générosité que de gourmandise.

Nicola Andrioli met vite le feu aux poudres. Son jeu est délirant, vif et foisonnant. Sa main gauche est aussi mobile et indépendante que la droite. Il n’hésite jamais à sortir des sentiers battus et enchaîne chorus sur chorus, attisé par le jeu presque sauvage de Dré Pallemaerts. L’interaction entre ces deux-là est magique. Le plaisir est palpable et se lit sur leur visage. Clins d’œil, encouragements, défis, surprises : tout y passe. Le batteur est bouillonnant, le pianiste explosif. De son côté Nic Thys rattache les wagons pour encore mieux relancer la machine. On sent, chez lui aussi, l’envie de tirer l’ensemble toujours plus vers le haut. Le jeu est précis, déterminé, extrêmement volubile et toujours inventif.

Les morceaux – qui n’ont pour la plupart pas encore de titre – s’enchaînent avec la même énergie et une excitation grandissante. On dirait des standards connus de tous tellement les échanges sont fluides ! Pourtant il n’en est rien, c’est un matériaux totalement original, rappelons-le. Et quand Stéphane Mercier introduit à la flûte, tout en sensibilité, un long thème, on croit entendre du Jaspar ou Herbie Mann. Du Coltrane peut-être aussi, surtout quand l’ensemble s’emballe, prend de la vitesse (rien ne peut l’arrêter) et explore tous les chemins possibles. Le quartette embarque avec lui un public qui en redemande. On se retrouve comme au bon vieux temps (et même celui d’avant), la confiance est là et tout est permis.

Une structure « simple », qui a déjà fait ses preuves et un traitement actuel : la recette est imparable. Cela fonctionne et cela fonctionnera toujours… surtout si les musiciens ont du talent. Et ce soir il y en avait un paquet sur scène.

Du jazz comme ça, on en redemande.

… à suivre.

A+

Merci à © Charly Thibaut pour les belles images !

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