Dinant Jazz Week-Ends 2021

Edition particulière – Covid oblige – du Dinant Jazz Festival qui a décidé de se «spliter» sur 4 week-ends et de se renommer, pour la circonstance, Dinant Jazz Week-ends.

De mi-juillet à fin août, du jazz belge, de la musique brésilienne, de la soul (Stace ! Reinel Bakole !!) et des grands ensembles, sous le kiosque – tout neuf – « Le Tour De Monsieur Sax » (oui, on dit « Le tour »). Un endroit magnifique à l’acoustique impeccable, érigé sur le site de l’ancien théâtre de verdure avec ses beaux gradins de pierres. Vue imprenable sur la vallée de la Meuse.

La météo incertaine de cet été décidément bien pourri a un peu refroidi le public. Dommage car, comme à son habitude, la qualité musicale (sans oublier le sens de l’hospitalité et l’accueil toujours aussi chaleureux et bienveillant des organisateurs) était au rendez-vous.

Personnellement, je n’ai pu qu’assister au premier des quatre week-ends. Week-end qui fut perturbé – le mot est faible – par les catastrophiques inondations dans le bas de la ville, suite au terrible orage du samedi soir. L’eau emportait tout sur son passage, coupant la ville en deux et la laissant en grande partie sans électricité. Résultat : les concerts très prometteurs de David Linx (en duo avec Gregory Privat) et de Igor Gehenot (en trio) furent annulés. En désespoir de cause, incrédules devant ce paysage désolé et comme pour chasser l’adversité, Igor, Noam Israeli, Sal Rocca, Steve Houben, Wajdi Riahi et quelques autres musiciens restés sur le site, entamèrent une brève jam pour une poignée d’amateurs de jazz et de techniciens serrés autour d’eux sous le kiosque. Surréaliste, triste et magique à la fois.

De la magie (sous le soleil, cette fois, mais oui !!)  il y en a eu aussi ce samedi 24 juillet après-midi (et en début de dimanche après-midi) avec le traditionnel concours des jeunes talents. Un concours de très haut niveau (N’a-t-il jamais été aussi élevé ?) rassemblant quatre groupes qui auraient tous mérité un prix. Le jury, dont je faisais partie avec Kostia Pace (Jazz Station), Jean-Pierre Goffin (L’Avenir et JazzMania), George Tonla Briquet (JazzHallo, Jazzenzo), Igor Gehenot et présidé par Jean-Claude Vantroyen (Le Soir), a eu toutes les peines du monde à départager les candidats (une preuve de plus que la musique n’est pas une compétition).

Il y eut d’abord le trio du saxophoniste Yonatan Hes avec Basile Rahola (cb) et Oscar Georges (dm) qui mit d’emblée la barre très haute. Un jazz moderne et intelligent, bourré d’énergie. Ce « Wind », d’abord, avec ses faux départs (voulus et hyper maitrisés, preuves d’une complicité sans faille du groupe) entre hard et post bop nerveux, et surtout cet incroyable morceau (« Third Test ») écrit pendant la pandémie et passant en revue tous les états d’âme que celle-ci provoque. Le désarroi, l’optimisme, la nervosité, l’excitation, la déception, le fatalisme. Tout cela en 8 minutes. Un tour de force. Un coup de maître.

Dans un tout autre style, confidentiel et mystérieux, Minla Band – le trio de Nina Kortekaas (p), Marthe Van Droogenbroeck (tp, bugle) et Mirte Lecomte (voc) – dépose ses mélodies éthérées et fantomatiques devant un public attentif. Un piano distille parcimonieusement les notes tandis que le bugle ou la trompette accompagnent un chant délicat. On s’approche d’une esthétique à la ECM, on navigue entre Susanne Abbuehl et Lynn Cassiers, entre poésie contemporaine et musique de chambre nostalgique. Beau et élégant. Hors du temps. A revoir sûrement dans l’intimité d’un club pour apprécier et en profiter encore mieux.

Le trio de Wajdi Riahi nous a emmené encore ailleurs. Où ? Difficile à dire. Dans son monde, sans aucun doute. Un monde qui rassemble toutes les influences qui font de lui ce qu’il est. Accompagné à la contrebasse par Basile Rahola (eh oui, encore 😉 ) et, à la batterie, par Pierre Hurty, le pianiste développe un jeu fin et intense à la fois, coloré de subtiles notes en quart de ton et de suites d’arpèges très inspirés. On passe de l’émouvant à l’excitant, du réservé au débridé. La batterie est sèche et claquante, la contrebasse galopante et rassurante et le jeu de Wajdi est aussi ciselé que fluide. Et quand il s’accompagne timidement au chant, impossible de réprimer le frisson.

Le lendemain, c’est le tout jeune guitariste (et déjà phénoménal) Eliott Knuets qui se présente avec Simon Comté (as), Basile Rahola (cb) – on ne le présente plus 😉 –  et Umberto Odone (dm). Au programme, une musique dynamique, positive et inspirée, sans doute, par la sphère musicale des Joshua Redman, Mark Turner, et Kurt Rosenwinkel
Les interactions entre sax et guitare sont fluides, limpides et même parfois musclées. Le plaisir de jouer et d’interagir est évident. Un poil timide au début, Simon Comté se lâche plus – pour notre plus grand bonheur – sur la fin (« Island »), poussé par le drumming impeccable de bout en bout de Umberto Odone. Un groupe (ou des musiciens) à suivre de très près…

Au final, Wajdi Riahi trio se voit offrir deux sessions d’enregistrements dans les studios Greenfield, de 2.000 € de « Sabam for Culture » et le concert d’ouverte du Dinant Jazz Festival de 2022 (on espère y voir également la lauréate du concours 2019, l’époustouflante Noémie Decroix, privée de concert pour cause de pandémie et bla, bla, bla… vous connaissez l’histoire). Yonatan Hes, lui, reçoit le prix du soliste (une nouveauté pour le festival) qui lui permet de profiter d’une carte blanche à la Jazz Station de Bruxelles prochainement.

Le jeune jazz a du talent et on s’en réjouit !

Côté programmation proprement dite (pour rappel, les concerts de David Linx et de Igor Gehenot ont été annulés) on retrouve, sous le kiosque et quelques beaux rayons de soleil, Pascal Mohy (p), Sam Gesrtmans (cb) et Quentin Liégeois (eg) en ce début de dimanche après-midi.

Le trio présente son nouvel album (« Session 53 ») enregistré tout acoustique « à la maison » et inspiré par les nombreuses « Slow Sessions » organisées à l’An Vert à Liège. Pendant un peu plus d’une heure, le trois comparses nous ont baladé, nous ont fait rêver, nous ont fait tout oublier. Chacune des compositions est une perle digne d’un Bill Evans ou d’un Duke Ellington. Inspirés par cette grande tradition du trio, les musiciens en ont sublimé tout l’art. « Green Book », « Tripotico » et autre « Wet Sun » (le bien nommé) ont le parfum des grands standards. Avec cette touche personnelle qui en fait quelque chose d’unique. Les trois musiciens se trouvent les yeux fermés, inventent, échangent et se surprennent à chaque fois. Le phrasé élégant de Liégeois se mêle avec délicatesse au toucher admirable de Mohy, aussi incisif que plein de retenue, tandis que Gerstmans assure le relais et ouvre, lui aussi, l’espace à de superbes mélodies. Un véritable bonheur.

Bonheur retrouvé aussi avec le quartette de Stéphane Mercier, que j’avais eu l’occasion de découvrir en avant-première au Tournai Jazz. Depuis ce très beau souvenir, le groupe n’a rien changé, sinon qu’il s’est à nouveau sublimé. Après un démarrage en force et en bop, le quartette n’a cessé de maintenir la pression. La rythmique Dré Pallemaerts (dm) et Nic Thys (cb) est impériale, solide et tellement complice. Elle permet au pianiste Nicola Andrioli (un extra-terrestre !!!) de laisser exploser son talent fougueux d’improvisateur. Mais comment fait-il ? Stéphane Mercier, quant à lui, revient régulièrement indiquer le chemin avec autorité avant de laisser ses acolytes s’amuser de plus belle. Et l’on s’amuse avec eux. L’enthousiasme est palpable et tellement bénéfique à cette musique ! Merveilleux moments de bop, de pop (cette reprise étonnante de « You Are So Beautiful » de Joe Cocker) de soul, de blues (cette longue et sinueuse introduction à la flûte, digne d’un Bobby Jaspar !) et de jazz, tout simplement !

Point d’orgue et point final de cette édition particulière mais ô combien jouissive : le trio de Philip Catherine dans lequel on retrouve un autre guitariste (Paulo Morello) et le magnifique batteur béninois Angelo Moustapha. Détendus et visiblement heureux d’être là, les musiciens nous ont offert un concert généreux. Ultra généreux. Avec eux, on est passé de la bossa («Recado ») au swing « clopin-clopant » et léger («Pas encore » de Henri Salvador) sans oublier celui, plus vif, de « Claudia’s Delight ». Les deux guitaristes dialoguent en toute sobriété dans un langage étincelant et toujours inventif. Au cœur de la nuit qui s’invite, Philip Catherine serait capable de faire revenir le soleil. Incroyable. La douceur d’une vraie soirée estivale envahit les gradins et le reste du site. Le trio semble ne plus vouloir s’arrêter et continue d’enchainer les thèmes groovy et bluesy (« Why Can’t You Behave », « Lover Man », « Pourquoi » ou « Les amoureux des bancs publics » avec ce solo au Tama d’Angelo Moustapha réjouissant). Bonheur total.

Tout cela se termine en douceur avec de grands sourires sur les visages des musiciens et des spectateurs. Comme si plus rien ne pouvait jamais nous arriver.

Vivement l’année prochaine pour fêter le vingtième anniversaire du festival avec ces belles équipes et ces belles musiques.

A+

Merci à Serge Braems pour les images.

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