(Presque) Tournai Jazz Festival 2021 – Part 3

Presque le Festival du Tournai Jazz… mais un festival quand même !

Contraint par les mesures sanitaires dues au désormais célèbre Covid, le Tournai Jazz, après deux annulations totales, a déplacé ses dates habituelles et a proposé une formule inédite et plus intime (et avec une très belle affiche).

Qui dit Festival de Jazz dit « ouverture d’esprit » et les organisateurs n’ont pas hésité à mélanger les genres. Ainsi, ce samedi, il y avait au programme du jazz traditionnel (Phil Abraham et son band), du jazz pas jazz – quoique – (Didier Laloy, Quentin Dujardin et Adrien Tyberghein) et, pour commencer cette belle journée, le projet théâtro-poético-musical de Greg Houben et Nicolas Buysse (et Matthieu Van) dédié à l’univers de Jacques Prévert.

Rendez-vous donc sur l’Esplanade de l’Europe (à deux pas de la Maison de la Culture) où l’on est prié de chausser des casques audio afin de coller nos tympans au plus près des voix des comédiens-chanteurs. Nous voilà donc à nouveau dans une bulle (mais bien plus agréable que celles que l’on nous impose depuis près d’un an).

Devant nous, un décor fait de bric, de broc et de bouts de ficelles. Et dans les oreilles, les mots du trompettiste Jacques Houben, du comédien Jacques Buysse et du pianiste Jacques Vandenabeele qui se préparent, s’amusent entre eux et puis s’adressent à Jacques Madame, Jacques Monsieur et Jacques Public

En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, on est immergé dans l’imaginaire du poète français. Et l’on redécouvre ce que l’on croyait connaître. On est surpris par la force des mots, leurs agencements, leurs rythmes. Par le sens caché des phrases, par leur poésie mais aussi par leur dureté. Les artistes ne déclament pas les poèmes mais les vivent et les relient entre eux par des dialogues absurdes et drôles, par quelques chansons aussi. Plus d’une fois l’émotion envahit les cœurs et les larmes ne peuvent que déborder. Personnellement, je n’ai pas résisté au « Déjeuner du matin » (entre autres) … ni à l’écoute de la voix du poète (enregistrement d’une émission de la RTS) à propos de l’héroïsme idiot et de la bêtise humaine en opposition au respect et à l’émoi désarmant que provoquent la vue d’une femme nue. Bouleversant.

Et c’est cela qui est fabuleux dans ce spectacle qui ne nous fait pas la leçon, mais qui nous fait rire, chanter, pleurer et qui nous fait prendre conscience du sens de l’art. Une trompette aux accents Bakeriens, un piano, des paroles, un prénom et un énorme bouquet de sensibilité. C’est simple et c’est fort. « Oh, je voudrais tant que tu te souviennes des jours heureux où nous étions amis. Je t’aimais tant, tu étais si jolie, Comment veux-tu que je t’oublie ? ».

Merveilleux.

Retour au centre-ville, dans le Magic Mirrors, pour le concert du tromboniste Phil Abraham. Le quartette, composé de Fabien Degryse (g), Sal la Rocca (cb) et Thomas Grimmonprez (dm) a sorti dernièrement un excellent album dans la plus pure tradition jazz dont le maître-mot est l’élégance : Beauty First (on ne peut être plus clair).

Tout commence donc en douceur par un surprenant solo de batterie sur « Someday My Prince Will Come » suivi d’un « St Thomas » scatté et d’une version particulière de « Watermelon Man ». L’ambiance est feutrée, très cosy, très confortable. Les solos de chaque musicien sont d’une précision parfaite (fabuleux Fabien Degryse) mais un peu trop prévisibles. On dodeline de la tête, on tapote le rythme sur la table, on sirote. Le groupe s’amuse alors sur des versions décalées de « Giant Steps » (new orleans), « All The Thing You Are » (bossa) ou « Softly, As In A Morning Sunrise » (tango). Tout est beau et extrêmement bien exécuté, mais on aurait tellement aimé que cela s’enflamme un peu plus par instants.

Contre toute attente (enfin pour moi), c’est le trio de Quentin Dujardin (g), Didier Laloy (acc) et Adrien Tyberghein (cb) qui va mettre le feu. Voguant d’abord entre Andalousie et Orient – avec quelques réminiscences de musiques balkaniques aussi – les trois acolytes aux tempéraments bien différents, construisent un univers singulier de tensions et de relâchements. « Storm », le bien nommé, permet non seulement à Didier Laloy de tirer un maximum de son accordéon mais aussi à Adrien Tyberghein de montrer l’étendue de son talent ! Celui-ci excelle autant dans les pizzicati que dans la maîtrise de l’archet. A la fois classique ou traditionnel, il se déchaine façon psyché rock sur certains morceaux (« Polska », notamment).

Le contact avec le public est de plus en plus chaleureux et complice. Après le mélancolique « Les Avins sous les étoiles » et « Baroque » avec ses pleins et ses déliés qui montent en puissance, c’est « Musette 2.2 » qui entraine tout le monde vers des danses folles. Improvisations, échanges musclés, le trio s’amuse. L’accordéon se charge, prend encore plus de corps et de puissance. La guitare virtuose de Dujardin se fait de plus en plus percussive et le contrebassiste attise les braises. Ça crépite et ça éclate de partout.

Il n’y a pas à dire, cette musique « traditionnelle » vient révéler et réveiller nos sentiments les plus profonds. Et cela fait du bien. Il faudra bien deux rappels pour rassasier l’enthousiasme du public qui en aurait certainement voulu encore.

Quel festival quand même !

A+

Merci à © Charly Thibaut pour les images.

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