Sascha Ley & Laurent Payfert – Subtile à Luxembourg

Samedi 9 octobre, balade jusqu’à Luxembourg. Chez Subtile. Un très bel endroit créé par deux femmes esthètes, à mi-chemin entre galerie d’art et concept de home styling. Ici, le mobilier principalement vintage se mélange au plus contemporain, aux objets déco et autres œuvres d’art (tableaux, photos…). C’est un endroit paisible où l’on peut flâner, rencontrer des amis et même assister à des évènements ou des concerts.

Ce soir, c’est le duo Sascha Ley (voc) et Laurent Payfert (cb) qui a investi l’espace.

L’ambiance est ultra intime. Les deux artistes sont entourés d’une vingtaine de personnes assises bien confortablement. Vingt personnes privilégiées (ou qui, du moins, ont eu la bonne idée de venir assister à quelque chose d’unique).

J’avais été bluffé par la performance de Sascha Ley lors d’un concert solo dans la petite église de Rossignol (Gaume Jazz 2018). Et je n’avais pas été moins conquis à l’écoute de son étonnant disque en duo avec Laurent Payfert (It’s Alright To Be Everywhere sorti chez Jazz Haus Musik) dont j’avais parlé ici.

Après une brève présentation, les deux musiciens décident d’improviser largement et de profiter de l’acoustique de l’endroit. Pourquoi aller « contre » ? Pourquoi imposer sa musique aux murs, aux angles, aux vides, aux espaces, aux résonances ? Autant en faire des alliés. Autant en faire le troisième élément du duo.

Du coup, on favorise le « pratiquement tout acoustique ».

Sascha chante, souffle, ronronne, grogne.

Laurent tambourine, frotte, fait geindre l’archet.

Elle invente une langue. Il en imagine la ponctuation.

On est fasciné par la façon qu’ils ont de nous embarquer dans leurs univers.

Performance, musique, poésie, déclamation, tout est lié. Tout est propice à faire de la musique. Le frottement des doigts sur le tissu, les frictions sur le micro, le point sur la poitrine. La vocaliste use avec délicatesse de sa loop machine qui découpe encore plus son chant. Un chant parfois plaintif, comme en souffrance. Uniquement supporté par la contrebasse qui jamais ne le lâche.

Sur un effet de bourdon infini, Laurent Payfert fait danser l’archet. Il le fait rebondir, va chercher les notes aphones, va explorer l’ouïe de l’instrument. Puis il fait vibrer fortement les cordes sous ses doigts. Il utilise aussi, avec parcimonie, une pédale d’écho qui enrobe plus encore ce gros son. On dirait des cailloux qui roulent sur une terre grasse.

Au fil des improvisations, on s’invente des histoires. Sommes-nous quelque part au bord d’une falaise, un soir de tempête ? Face à un vent qui nous fouette violemment le visage ? Entendons-nous les lamentations, les prières, les cris d’une mère qui met en garde ses enfants ? Ou bien qui les pleure déjà ?
La voix est pleine d’émotion. Rocailleuse. Puis veloutée. Puis aigre.
Sont-ce ces enfants que l’on entend alors ? Jouent-ils ? Nous narguent-ils ? Défient-ils la mort ? Sont-ils encore de ce monde ?

La voix et la contrebasse ne font qu’un. S’enlacent. S’embrasent. S’abandonnent. Se lâchent. Les brèves pièces improvisées, pleines de variations et de coups de théâtre s’enchaînent. Avec classe, délicatesse et sobriété.

« New Moon New Day New Prayer » se développe sur un ostinato (ou plutôt sur un motif obsédant). Sascha joue avec les mots, module chaque phrase. Étire certaines sentences, coupe les syllabes, malaxe le verbe. Elle fait vivre le message.

C’est pareil pour cette version, à tomber à la renverse, des « Feuilles mortes ». Ce standard n’est pas interprété, il est incarné. Sascha met ses talents de dramaturge au service de l’histoire. Elle met sa science du geste et des silences au service de la musique. Sa complicité avec Laurent Payfert entraîne celui-ci à offrir un solo de contrebasse qui va au-delà du solo, au-delà des règles, au-delà du jeu. Il ne reste plus que la sincérité.

Jazz ? Certainement ! Car tout est dans cet esprit de liberté et de maîtrise.

C’est sûr, le voyage valait vraiment la peine.

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