La Scala – Jazz Station

Ce qui est bien avec les «invitations au jazz hors frontières» de la Jazz Station c’est que plus ça va plus ça explore. En ouvrant la scène régulièrement au jazz allemand, canadien, hollandais, luxembourgeois et autres, le «club» propose souvent des choses de plus en plus étonnantes. (Le Pelzer à Liège tend un peu vers ça aussi, dernièrement… On ne peut qu’encourager ces initiatives).

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Ce vendredi 13 – quelle chance ! – c’est La Scala qui était sur scène pour représenter la France (la veille, il y avait eu Anne Quillier et le lendemain EGO système).

Groupe atypique (un violoncelle, un violon, un piano et une batterie), La Scala est né il y a près de deux ans à la suite d’un commande pour un  spectacle de théâtre. Ses membres ne sont (presque) plus à présenter puisqu’on retrouve les frères CeccaldiThéo (violon) et Valentin (violoncelle) – (croisé chez Walabix, Marcel et Solange, Méderic Collignon, Manu Hermia, l’ONJ d’Olivier Benoit), Roberto Negro (p) (entendu avec son propre trio ou aux côtés de Luis Vincente ou David Enhco – en janvier au Winter Jazz Festival) et  Adrien Chennebault (dm) (lui aussi chez Walabix et dans le trio de Roberto Negro).

Le jazz de La Scala est principalement basé sur l’improvisation et la musique très contemporaine.

La musique rappelle parfois plus Schönberg et Stockhausen que nos amis Parker et Gillespie. Pourtant, un ou deux morceaux prêtent un peu (un tout petit peu) le flanc au swing. Certes, il est plus évoqué que flagrant. Mais n’ayez crainte, l’intelligence, l’humour et l’énergie de nos quatre gaillards rend tout cela plutôt accessible.

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Il est certain que la configuration et la mise en avant des cordes donnent une couleur toute particulière au groupe.

Sur scène, les quatre musiciens sont hyper concentrés. Les yeux fermés, extrêmement attentifs à la musique de chacun, ils sont tous plongés dans un univers commun.

Avec eux, on navigue entre tourments intériorisés et démence festives et débridées.

Roberto Negro (auteur de la plupart des compositions) aime les phrases très courtes et resserrées. L’articulation est vive et le jeu très percussif (dans l’esprit des Matthew Shipp et consorts). Ses faux ostinati répondent – ou rivalisent – au jeu très heurté de Chennebault. Le batteur a la frappe sèche et tranchante. Ses baguettes et mailloches rebondissent sur toutes les parties de l’instrument, avec précision et justesse.

Au-delà d’une recherche harmonique complexe, le groupe travaille aussi le son. Celui-ci est en perpétuel mouvement et en incessantes transformations provoquant indéniablement les émotions.

Il y a de la finesse dans la recherche sonore. On fait chanter le moindre élément. L’archet se déchiquète d’abord sur les cordes du violon pour le faire crier, puis les frôle et les caresse – à rebrousse-poil – pour les faire miauler. Le violon se joue aussi parfois comme une guitare presque rock. Les cordes du piano sont frappées à l’intérieur, carillonnées, altérées ou étouffées… Les instruments sont sans cesse détournés.

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Tout s’ouvre, respire et vit. Et toutes ces impros démentes finissent toujours par retomber pile-poil sur un motif simple et limpide, comme si l’on voulait nous remettre sur le droit chemin.

Le quartette progresse souvent dans la délicatesse et le dépouillement avant d’assener les coups et terminer en une implosion violente («Zapoï», par exemple). Ou bien il fait évoluer lentement mais intensément une pâte sonore à la manière d’un pseudo blues («Dodici»).

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Si la musique demande autant d’attention que d’énergie (tant de la part des musiciens que des auditeurs), elle est très évocatrice et le spectacle se retrouve aussi sur scène. Une fois lancés, il faut voir les quatre artistes se démener, se débattre, tenter de se délivrer de chaînes invisibles et de rentrer corps et âme dans les rythmes et la transe. Si elle est cérébrale, la musique parle tout autant à l’esprit qu’aux viscères.

Alors, La Scala nous laisse deux choix : soit on s’enfuit, soit on est épris. Mais la tension est tellement puissante et attractive, et le relâchement tellement apaisant, que l’on ne peut que succomber.

La Scala fait éclater les barrières. S’il y a du jazz chez eux, il est assurément dans l’improvisation, dans le lâcher prise et dans cette constante fuite en avant vers l’inconnu.

Singulier, déconcertant parfois, osé… salutaire. Ce jazz-là existe et c’est tant mieux.



A+

 

 

 

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