Sascha Ley Solo – Neimënster à Luxembourg

A Luxembourg, chaque dimanche matin, le centre culturel Neimënster organise des concerts de jazz sous le nom de « Pause ». Du jazz ouvert à toutes les expérimentations et mélanges. Neimënster décline d’ailleurs ces jazz(s) sous d’autres formes durant l’année : « Loading » (résidences) « Forward » (nouvelle scène), « Shuffle » (showcases) ou encore « Reset » (création collective avec des musiciens venus de tous les coins du monde, initié par Pascal Schumacher).

Oui, la scène Luxembourgeoise est très active et très intéressante. La plupart du temps on en bénéficie en Belgique et l’on croise souvent ces musiciens chez nous ( Maxime Bender, Jérôme Klein, Jeff Herr, Greg Lamy, Marc Mangen, Marc Demuth, Arthur Possing, Michel Reis, Claire Parsons, Pol Belardi et j’en oublie un paquet ! ).

Et puis, il y a aussi Sascha Ley. Chanteuse, actrice, performeuse, poète, compositrice (et plein d’autres choses encore)… que l’on ne voit que trop rarement (quasi jamais) sur nos scènes belges. Pourquoi ? Mais pourquoi ? Mystère.

Dimanche matin, le 9 octobre, je prends donc le train (tôt) pour aller écouter le release concert de Sascha Ley en solo (l’album In Between est sorti chez JazzHaus Musik et je vous le conseille vivement).

Faut-il être taré pour aller jusque-là un dimanche matin ? Pas du tout. L’univers de la chanteuses me fascine depuis longtemps (je l’avais découverte en Gaume, puis j’étais allé à Luxembourg, déjà, pour l’écouter en duo avec Laurent Payfert). Chaque fois, c’est un choc émotionnel très fort. Et cela n’a pas manqué ce dimanche-ci.

11h. Dans la belle salle Krieps, en amphithéâtre, elle est au milieu de la scène plongée dans le noir. Silhouette rose et orange, point d’exclamation lumineux devant un micro et quelques claviers (micro synthé, voice Box). En retrait, un beau et grand piano. Dans le pénombre, à sa gauche, Jean Pascal Boffo pour parfaire l’ambiance musicale et spectrale de l’artiste.

In Between, c’est le voyage entre la naissance et la mort. C’est ce petit moment où l’on est sur terre. Ephémère et intense.

Accords sombres de piano. Puis le souffle, la respiration, le hoquètement, le rythme, la mélodie, l’origine. Entre chant Inuit et Indien, sorte de slam mélangé au vocoder façon Laurie Anderson. « In Between », c’est la vie en équilibre avec ses doutes et ces incertitudes.

Sascha se balade d’un instrument à l’autre. Les morceaux sont plutôt courts et évoquent chaque fois un esprit ou un sentiment fort. Sascha Ley n’a pas peur de nous entraîner dans notre propre inconscient. Les vibrations qui résonnent et se s’entrechoquent vous entrent dans la peau et le cortex (comme cet envoûtant « Circe Sings »).

La chanteuse a le sens de la nuance et de la narration. Elle maîtrise ses effets et nous balance une étrange et magnifique comptine qui passe du merveilleux au désabusé (« Once Upon A Time (She Was) »). Jean-Pascal Boffo injecte avec subtilité quelques nappes sonores qui s’amalgament, s’additionnent, s’effacent, restent en suspens.

Au piano, sur une valse lente qui rappelle l’esprit d’Erik Satie, elle fait remonter à la surface des souvenirs très personnels (« In The Meantime, Remember »). La voix est réconfortante, douce, délicate. On est au bord des larmes. On le sent dans la réaction du public, très attentif et touché, qui retient son souffle avant d’applaudir.

Entre effets aquatiques et cosmiques, « Kintsugi » ou « Floating Zone » nous embarquent loin dans nos pensées. Le chant sensuel d’une sirène se mêle à celui d’une chanteuse d’opéra ou d’enfant apeuré. Sascha nous déstabilise et nous émerveille.

Puis elle reprend « Lush Life » de Billy Strayhorn, revu à sa façon et interprété comme jamais. C’est d’une justesse incroyable dans le propos et les arrangements. Sans doute l’une des plus belles versions que j’ai jamais entendue. Un délice. Tout comme ce « Love From The Other Space » de Sun Ra qui vous met littéralement en apesanteur.

Tout ce concert (comme le disque) est un voyage, une expérience et une réflexion sur la vie, la société, la place de la femme ( « Cherchez la femme » en est l’évidence), le souvenir.

C’est la classe. C’est très personnel et assez unique. C’est un concert (une performance) à vivre.

Oui, un aller-retour, un dimanche matin, à Luxembourg, ça en valait vraiment la peine.

Maintenant, je n’attends plus qu’une chose, c’est de revivre ça, encore et encore… en Belgique j’espère (??).

A bon entendeur.

Merci à ©Lugdivine Unfer pour les images

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