Brosella 2021

Dimanche 11 juillet, allons prendre une bonne dose de chlorophylle et de jazz au Brosella.
Le soleil est de la partie et le public au rendez-vous. Le Festival – encore XXS cette année – est toujours aussi convivial malgré les règles Covid en vigueur que chacun suit scrupuleusement.

Sur la grande scène, Pauline Leblond présente (ou représente ?) son projet double quartette. Mais au lieu d’être huit, ils sont dix. Le tromboniste Timothé Lemaire et le saxophoniste Mathieu Najean sont venus apporter quelques touches de couleurs supplémentaires.

La charismatique et dynamique trompettiste nous emmène dans un univers qui balance entre classique et jazz, entre Bach et Duke, entre préludes et swing. Loin d’être un collage entre deux formations, c’est la fusion de deux mondes (et plus) qui s’opère. Ça swingue et ça rag autant que ça fugue et ça sonate

Le dialogue est brillant. Les soli de sax ou de trombone donnent parfaitement la réplique au premier violon (Maritsa Ney) ou à la guitare (Guillaume Gillain). Tout vient à propos et en contrepoints astucieux. On ose le grand écart, quitte à déstabiliser l’ensemble lors de moments plus « poétiques », et l’on confronte les growls et les dissonances avec du baroque à la fois retenu et échevelé. Tout cela est délivré avec beaucoup d’élégance et décontraction. Dans ce projet singulier, le groupe se doit d’être soudé et complice – ce qu’il est – et le résultat est, de ce fait, des plus heureux. A voir et revoir et à déguster sans modération.

Après « l’interlude », plus haut dans le parc, de Jazz For Kids (Sam Gerstmans, Manu Hermia et Pascal Mohy) qui initie de façon très ludique les enfants au jazz – à sa forme, ses couleurs, aux émotions qu’il provoque et la tolérance qu’il prône au travers de comptines et de chansonnettes populaires – retour sur la grande scène avec Esinam.

La chanteuse, percussionniste et flûtiste a fait le tour du monde (du moins en grande partie) en solo. Elle se présente ici, pour la première fois, avec une nouvelle formule. Elle n’est plus seule mais accompagnée de trois autres musiciens : Pablo Casella (g), Axel Gilain (eb, fx) et Martin Méreau (dm). Avec eux, la musique ne perd rien de son identité originelle mais prend, par contre, de l’ampleur. Les nouveaux acolytes ne sont pas là pour accompagner mais font partie intégrante du groupe. Cela fait donc respirer d’autant plus la musique et permet à Esinam de se libérer d’avantage. On remarque dès lors une plus grande richesse des rythmes ( Martin Méreau métisse la musique des Iles à l’afro Beat et autres tempi plus urbains). La guitare amène, elle aussi, une belle dose de fraîcheur. Pablo Casella distille ses riffs tranchants sur des motifs obsédants et colore son jeu aérien de légères touches qui rappellent tantôt Ry Cooder, tantôt Lionel Louéké. De son côté, Axel Gilain se partage entre basse au gros son et effets électro brûlants. Tout cela gonfle et bouillonne. La fièvre monte. Le public n’y tient plus et va danser en groupes dispersés devant la scène.

Et dans cette transe irrésistible, soudain, on lâche tout pour flotter mystérieusement sur le frissonnant « Deep In My Soul ». Et puis ça repart… Esinam alterne chant (et quel chant !), effets électro, loop, tama, flûte. Elle laisse beaucoup d’espace à ses compagnons. Les histoires se construisent sur des rythmes frénétiques ou hypnotiques. En groupe, la musique de Esinam ne perd rien de son intensité, elle est peut-être moins frontale ou brutale, mais toujours aussi explosive, profonde, obsédante et dansante.

Un concert endiablé et excitant. Une première totalement réussie. L’album Shapes in Twilights of Infinity sortira en septembre chez Werf Records et sera accompagné de concerts à ne certainement pas manquer.

Place ensuite au jazz « aventureux », ou plus cérébral en tout cas, de Pentadox. Depuis quelques années, le batteur Samuel Ber continue d’explorer les harmonies et les métriques complexes. A ce jeu-là, il peut compter sur la complicité indéfectible de Bram De Looze au piano et de Sylvain Debaisieux au sax. Chaque occasion est bonne pour profiter de l’espace et improviser sur une musique très écrite. Avec juste ce qu’il faut d’échappées pour déstabiliser encore un peu plus tout le monde. Comme souvent, le trio aime inviter un quatrième musicien, histoire de corser l’affaire. Cette fois-ci, il s’agit du contrebassiste allemand Felix Henkelhausen qui s’intègre parfaitement à l’esprit du groupe. On navigue entre la musique contemporaine – proche de l’avant-garde parfois – les polyrythmies nerveuses, les moments suspendus et les impros à la limite du free. Pas toujours simple de rester captivé par une musique qui s’apprécie peut-être plus en club ou, du moins, en salle. N’empêche, le tour de force est assez impressionnant et le niveau exceptionnel.

Une bière, quelques échanges avec des amis que l’on est si content de retrouver et on retourne s’asseoir dans le théâtre de verdure.

3Men in a BoaT est le groupe emmené par Kristof Roseeuw depuis 2015 qu’accompagnent l’accordéoniste Philippe Thuriot et le batteur Lionel Beuvens. C’est le mariage entre le jazz et une certaine idée de la folk qui va du musette au grooves africains. Au Brosella, le trio a invité Louis Sclavis à monter à bord. Belle et excellente idée quand on sait que le clarinettiste est l’une des chevilles ouvrières du mythique trio Texier, Romano, Sclavis, que 3Men in a BoaT apprécie fortement. Le nouvel équipage est donc idéal. On sent et ressent encore plus l’âme du voyage au travers de la musique. Des parfums d’Afrique, d’Orient, parfois même des Balkans se mélangent. On sent aussi une envie terrible de partager. Les thèmes sont robustes, la musique est « chargée », elle est pleine… « Y a de la viande ! », pourrait-on dire. Kristof Roseeuw pétrit sa basse, Thuriot embrase les rythmes, fait ronfler ou siffler son accordéon, Beuvens imprime des tempos bien sentis, à la fois puissants, tranchants et voluptueux. Quant à Louis Sclavis, impérial, il amène ce vent de folie supplémentaire. Le jeu est aussi aérien que profondément enraciné. Le son est à la fois soyeux et granuleux, rugueux même. Tout cela respire la liberté et l’enthousiasme sans que l’on oublie pour autant les chemins douloureux qu’il faut parcourir pour y arriver (« Soweto Sorrow », « Song For Ive » ou encore « Le Verbe »). Le voyage est parfait et le répertoire invite à la découverte. Cette musique vous emporterait au bout du monde et c’est magnifique.

Malheureusement, mon parcours s’arrête ici et je n’aurai pas l’occasion d’écouter ni de voir Dijf Sanders (qui remplaçait STUFF.) et encore moins – et je le regrette vraiment – d’entendre le Brussels Jazz Orchestra dans la formule DJ, hip hop et spoken words. Je vous conseille quand même vivement – encore et toujours – l’excellentissime album que le BJO a sorti avec Zediam, Monique Harcum et DJ Grazzhoppa : Two Places. Un must !

Une fois de plus, le Brosella a proposé une très belle palette de différents jazz dans un esprit de convivialité à nul autre pareil. Un vrai bonheur, comme un rayon de soleil, dans le grisaille ambiante.

Alors à très vite pour la version 2022 !

Merci à © Didier Wagner pour les images.

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