Jazzques écoute – Octobre 2020

Holà ! Déjà fin novembre et la mise à jour de « Jazzques écoute » d’octobre n’est pas en ligne !
Alors voilà – enfin – les coups de cœur parus sur le compte Instagram de Jazzques.

Humair, Blaser, Känzig – 1291

Samuel Blaser est un tromboniste inclassable, un véritable caméléon qui se joue des styles et des frontières. Pour ce « 1291 », il a convoqué le légendaire et toujours fringuant batteur Daniel Humair et le contrebassiste Heiri Känzig. Trois générations de musiciens suisses pour mettre à l’honneur la confédération helvète qui est née en 1291 (d’où le titre). Loin de rester enfermé dans ses belles contrées, le trio démontre un esprit de liberté bien singulier. Il se sert de thèmes aussi swinguants que « Les Oignons » (Bechet), « Original Dixieland One Step » ou « Ory’s Creole Trombone » (Kid Ory) pour les détricoter, les étirer et en jouer de manière très contemporaine avec humour et plaisir. Il se permet également de reprendre avec la même jubilation des traditionnels (« Guggisberglied ») ou des « classiques » (« Cantique Suisse » ou « Grégorien à St Guillaume de Neuchâtel »)… Et bien sûr il s’amuse sur quelques originaux (« Jim Dine », « Belafonte » ou le superbe « 7even »). Et comme dans les alpages : ça grimpe, ça descend en trombe, ça respire… et le trio explore les sons et les rythmes, les âges et les époques. Ça swingue, ça growl, ça éclabousse, ça fanfare, ça blues, ça se recueille.Au-delà d’un hommage à la Suisse, ce disque est un hommage au jazz, à la culture et à la liberté en général. Indispensable.

Julien Tassin Trio – Moondancer

On marche à dix centimètres du sol… À dix centimètres d’un sol sablonneux et poussiéreux, balayé par un vent chaud qui a asséché la rare végétation. On marche comme en apesanteur à l’écoute de ce « Moondancer ». Après « Sweet Tension », le trio du guitariste Julien Tassin nous emmène sur un autre terrain avec ce second album. A la fois plus introspectif et plus imaginaire. Plus sincère encore. D’un blues nonchalant, on bascule vers un blues plus rock (« Black Out »), d’un blues voyageur (ha, la mélodie de « Fairy Tale / Lady Blue », tout en suspension et introduite magnifiquement par la contrebasse sensuelle et mystérieuse de Nic Thys) on passe à un blues détendu et lumineux (« Rhodos », soutenu par le drumming sublime, profond et organique – presque pâteux – de Dré Pallemaerts).
Le trio prend le temps de se détendre, de prendre du recul. De laisser le temps au temps. Tassin va encore plus en profondeur dans ses riffs incisifs, son phrasé ondulant, ses accords accrocheurs. Il se laisse porter par des sentiments plus mélancoliques parfois. Plus intimes peut-être. C’est une belle marche, une belle danse… C’est une longue promenade évolutive qui mérite plusieurs écoutes afin d’en apprécier toutes les subtilités. À dix centimètres du sol.

Yann Lecollaire – The State Of The Human Soul

J’aime le beau.
Je n’aime pas le beau pour le beau. J’aime le beau quand il a une fonction, du fond, du sens.
Et du sens, il y en a dans ce magnifique album de Yann Lecollaire « The States Of The Human Soul ».
Musique de chambre, bidouillages électro-acoustique, pop, folk, ambiant, jazz ? Allez savoir ce qu’il y a là-dedans !
Lecollaire s’est laissé envahir, pendant plus de dix ans, par les poèmes de William Blake. Quand on sait que certains de ceux-ci parlent du temps qui flétrit les peaux, altère les objets, transforme la nature, bref, qui racontent le temps qui passe, on se dit que cette longue incubation est bien légitime. Les poèmes de Blake parlent aussi de notre temps et de l’industrialisation moderne (tout s’est un peu déclenché à son époque, fin XVIIIème) et c’est pour cela aussi que cet album résonne de façon très contemporaine. Neuf poèmes ont été mis en musique et en atmosphère par Yann et ont été sublimés par la voix ensorcelante de Sarah Klenes qui rendrait fou le plus inébranlable des marins perdus en mer. La douceur, la mélancolie et l’onirisme se mêlent aux tensions délicates qui captivent l’auditeur d’un bout à l’autre de cette expérience particulière.
Pour aller au bout de sa démarche, Yann a fait aussi de cet album un bel objet. William Blake étant également peintre et graveur, le disque est inséré dans une pochette en carton brut, sérigraphié, et accompagné d’un livret lui aussi façonné à la main. Cela ajoute encore à l’émotion et tous nos sens sont alertés. Touchez, regardez, sentez, écoutez. Tout prend sens… Et c’est très beau.

Emilia Vancini & Augusto Pirodda

 Vous avez adoré Jeanne Lee avec Mal Waldron ou Ran Blake ? Vous allez adorer Emilia Vancini avec Augusto Pirodda. Bien sûr, comparaison n’est pas raison et le duo italien a bien d’autres atouts à faire valoir pour se distancier de ces illustres exemples.
En dix ans de collaboration, Augusto et Émilia ont eu le temps de se forger une vraie complicité tant pour le son et les harmonies que pour explorer et redonner du sens aux standards. Avec eux, on va un peu plus loin vers « l’avant-garde » mais on garde l’essence de la tradition.
Écoutez cette voix qui ose flirter avec ses limites tout en gardant sa sensualité. Cette voix tantôt ondulante, tantôt déterminée. Cette voix simplement a capella qui ouvre et ferme l’album et qui semble définir l’espace de jeu (sans aucune démonstration ni effets ostentatoires).
Écoutez ce piano qui gronde et qui claque. Profondément, gravement. Ce jeu sur les cordes griffées ou étouffées. Ce jeu affirmé d’abord et qui se fait plus voluptueux ensuite.
Écoutez ce « Ruby, My Dear » totalement déstructuré (ou restructuré, c’est selon) mais qui garde totalement l’esprit Monk.
Écoutez ce « On The Sunny Side Of The Street » qui joue à attrape-moi si tu peux. Écoutez ce « Just Friends » amoureux.
Écoutez ces dialogues enivrants entre un pianiste et une chanteuse. 
Écoutez cet album très personnel qui fait vibrer les sens. C’est du jazz dans ce qu’il y a de plus brut et de plus libre (pas free : libre !).
Un album vraiment recommandé car on n’en entend pas si souvent des comme ça.

Clover – Vert émeraude

Fondateurs du très réputé label Yolk Music – les saxophoniste Alban Darche, contrebassiste Sébastien Boisseau et tromboniste Jean-Louis Pommier – n’avaient jamais joué ni surtout enregistré à trois… rien qu’à trois. Avec Clover, ils réalisent enfin un rêve trop longtemps différé. C’est en toute intimité et confidence qu’ils nous invitent à partager leurs réflexions et leurs échanges au gré d’une musique sereine et pleine d’émotions. Avec eux, c’est une certaine idée du jazz contemporain qui est défendue. Un jazz qui oscille entre musique de chambre, impressionnisme et improvisation. Un jazz aux tempi qui ondoient, aux mélodies qui s’étirent, aux ambiances qui se renouvellent. Tout, dans ce disque, nous invite à nous laisser bercer par la poésie – parfois un peu sombre, souvent mélancolique mais toujours évocatrice – d’un discours finement ciselé. Le trio nous balade entre l’organique et le pastoral. Ça sent la terre et le vent. Ça illumine des paysages d’un soleil pâle ou d’une lune trouble. Trombone, saxes, clarinette et contrebasse s’allient pour mieux se délier. C’est un échange perpétuel, fait de questionnements ou de suggestions, dans un entrelacs d’harmonies qui semblent parfois se démultiplier. Les compositions explorent autant les sentiments contrastés du réel que la douceur de rêves éveillés. Tantôt à l’unisson, tantôt aux quatre points cardinaux d’un espace immense, le trio répand une sorte de spleen dans lequel on aime se laisser glisser. Oui, vraiment, il était temps que ces trois artistes se réunissent enfin.

Fabrizio Graceffa – Gardens

Qu’il fait bon se balader dans les jardins de Fabrizio Graceffa. Son album, dont la sortie coïncidait pile-poil à l’obligation de confinement de la Covid-19, n’a pas eu la chance d’être défendu sur scène. On peut imaginer pourtant tout le plaisir qu’on aurait eu à partager ces moments-là. (Partie remise?). Entouré de Jacques Pili à la basse, d’Adrien Verderame aux drums et d’Igor Gehenot au piano, le guitariste nous emmène au travers de huit titres aux ambiances blues, folk jazz et même parfois un tantinet pop. Fabrizio laisse courir, avec beaucoup de délicatesse et de groove, ses doigts sur les cordes pour faire éclore des accords et des mélodies lumineuses. Le drumming et les lignes de basses feutrées tissent une sorte de tapis que l’on étend sur l’herbe et qui invite le piano, doux et élégant, à donner la réplique à une guitare peu bavarde mais au discours toujours pertinent. Chaque composition semble être un instantané de bonheur glané au fil de promenades bucoliques… 
Oui, il fait bon se balader dans ces jardin-là. Profitez-en.

A suivre…

A+

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