Ben Sluijs Trio – Au Roskam

Le Roskam, un dimanche soir, c’est souvent plein à craquer.

Le Roskam, un dimanche soir pendant les fêtes de fin d’année c’est plein à craquer.

La différence c’est que, ces soirs de « Plaisirs d’Hiver », un batteur a du mal à amener tout son matériel. Alors, Marek Patrman n’a emporté que deux cymbales, une mini grosse caisse et son snare drum (en faut-il plus ?).

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Le bar est donc bondé, et il n’est pas évident de se frayer un passage pour s’approcher de la scène. Là-bas, au fond, c’est le trio de Ben Sluijs qui joue. Marek est bien sûr à la batterie et Lennart Heyndels à la contrebasse.

D’abord, c’est un premier morceau cool pour se chauffer et se créer une petite bulle musicale. Qui aime s’approche. Puis c’est « Crepuscule With Nellie », de Monk. Exposition du thème au sax, suivie d’une longue impro de Lennart, ponctuée par Ben. Ouverture sur de brèves variations, des improvisations, des digressions. C’est lunaire, lyrique, mélancolique à souhait. Le jeu de Marek a quelque chose d’aérien, de finaud et délicat.

On a oublié le brouhaha ambiant. On est déjà loin.

Ben Sluijs improvise sur un mode, qu’il explore en tout sens. Il tourne autour du thème comme un papillon autour d’une fleur. Le tourbillon est fragile et toujours élégant, avec ses allers-retours, ses envolées, ses fugues mystérieuses.

Et puis, il y a cette ballade d’une tendresse inouïe. Les trois hommes sont concentrés sur leurs dialogues, leurs frissons, leurs respirations. Tout se joue dans un microcosme particulier. Ce trio est quand même l’un des rares à imposer une telle tension. Quand on l’écoute, tout semble disparaître autour de soi.

L’introduction à la flûte du morceau suivant est plus éclatée et très impressionniste. On sirote son verre, on ferme les yeux et l’on finit par reconnaitre « Invitation », dégraissé au maximum, dépouillé de tout ornement superflu, d’une beauté intrinsèque. La flûte est envoûtante, aérienne, qui rappelle par moments Herbie Mann des années ’50. Derrière, ça swingue lentement, sensuellement.

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Le second set va plus loin encore dans la musique. Le public a choisi son camp. Il s’amasse au pied de la scène, s’assied par terre. Il est encore plus attentif .

La façon de progresser dans le thème, un peu à la Ornette, par étapes et par bribes, est étonnante. Le trio a envie d’explorer. Sur « Fort Worth » (de Joe Lovano), Ben passe de la flûte au sax et propulse Lennart. Celui-ci impose un tempo vif. Son solo devient de plus en plus percussif, il pousse sa contrebasse dans ses derniers retranchements. Il explore rythmiquement et harmoniquement tout l’instrument. Il tape sur le manche, claque la corde, cogne le corps, va très loin dans l’exploration. C’est subjuguant.

Le trio pousse le curseur toujours un peu plus loin. Avec lui, on s’enfonce, tout en volupté, dans des morceaux plus complexes, parfois plus ténébreux (« Parity »), plus claquants (« Bird Food » d’Ornette Coleman) ou plus touchants (« Dedicated To You » de John Coltrane). L’ambiance est presque irréelle et on aimerait que cela s’éternise.

On est ailleurs.

Pourtant, on est au Roskam, au cœur de Bruxelles, un dimanche soir. Et c’est simplement magnifique.

 

 

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