Jazzques écoute – Décembre 2019

Résumé des épisodes précédents. Voici le « rassemblé » de quelques chroniques parues sur le compte Instagram de Jazzques (abonnez-vous, vous ne devrez plus attendre des plombes avant de lire quelques-uns de mes coups de cœur).

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The Optimist – Toine Thys Trio  Ça sent bon l’Afrique. Ça sent le soleil et la bonne humeur. Ça sent l’envie de raconter, de partager, de rire et de danser. Ça a des parfums de soul et quelques effluves de gospel. Ça rappelle des nuits sans fin (« Lullaby of Gounguin ») et les marchés bruyants et colorés (« The Optimist ») de Ouagadougou. Ça évoque des moments d’abandon et de relâchement total sur une plage d’Afrique au bord de l’Atlantique (« Cosmic Wassyl »). Ça parle de Brooklyn et de son énergie (« Warthog”) ou d’un spot bruxellois (« Bravo »).
Ça rit ou ça émeut.
C’est bon et c’est avec Toine Thys au ténor, soprano ou clarinette basse, Karl Jannuska aux drums, Hervé Samb à la guitare et Sam Yael a l’orgue Hammond.
Ça s’appelle « The Optimist » et ça porte très bien son nom.

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Now – Boris Schmidt « Now », premier album en tant que leader du contrebassiste luxembourgeois Boris Schmidt. Un recueil de mélodies originales qui s’étire sensuellement et paresseusement en treize mouvements. Les ambiances sont boisées et l’univers feutré. Calme. Velouté.
Sur les battements de la contrebasse ronde et rassurante de Boris se déposent le son crépitant de la guitare de Lorenzo Di Maio et le sax bienveillant de Bruno Van der Haegen. Le drumming tout en subtilité de Lionel Beuvens fait le reste. On se promène en douceur entre blues et americana (« Katleen Ryan », « Smoochy Blues »), entre valse triste (« 50 Years ») et nostalgie langoureuse (« Almost 10 »).
Avec la qanun d’Osama Abdulrasol, sur deux titres, la musique prend des couleurs orientales et puis s’agite un peu plus sous l’impulsion lumineuse du trompettiste Thomas Mayade (sur deux morceaux également). Un album à déguster avec indolence – et suivant la saison – au coin de l’âtre ou à l’ombre fraîche d’un grand arbre.

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L’Americano – Laurent Doumont. Il aurait pu intituler son album « L’Italiano » car, on le sait assez peu, Laurent Doumont a des origines italiennes. Mais il l’a appelé « L’Americano » car le saxophoniste a quand même fait ses armes dans le jazz et la soul. « L’Americano » fait, bien entendu, référence au tube de Renato Carosone « Tu vuò fà l’americano » qui est aussi l’un des 12 standards italiens revisités à la sauce soul jazz boogaloo ou bossa. On y retrouve en effet des versions étonnantes, ensoleillés ou insolites de « Azzuro », « Tintarella di Luna », « Dolce Paola » ou encore « Svalutation ». Tantôt sensuelles, tantôt swinguantes, tantôt sautillantes et insouciantes, toutes ces chansons ne vous laissent dans la tête que des images de bonheur et, dans le dos, des frissons de volupté. Laurent Doumont chante avec sincérité et peut compter sur un aréopage d’excellents musiciens. Un disque de pur plaisir. À siroter sans modération tout l’été… et même après.

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PHI – Olivier Colette  J’aime bien ces gens un peu fous qui s’imposent des défis parfois étranges. Par exemple : Olivier Colette s’est mis en tête de composer tout un album sur la formule très scientifique du nombre d’or. Tout y passe : de la totalité des morceaux (60 minutes pile-poil, découpés à la seconde près) aux morceaux eux-mêmes (tant dans le timing que dans leurs constructions, leurs suites, leurs progressions) en passant par le dessin de la pochette… C’est ce qui s’appelle aller au bout de ses idées.
De plus, le pianiste explique chaque point de sa réflexion dans un booklet richement commenté.
Heureusement l’auditeur ne doit pas obligatoirement se casser la tête pour comprendre et apprécier cette musique tant elle coule de source.
Peter Hertmans à la guitare et surtout Bert Joris à la trompette et au bugle magnifient les thèmes ciselés du pianiste. L’ensemble est très efficacement soutenu par Victor Foulon à la contrebasse et Daniel Jonkers à la batterie qui laissent toute liberté aux solistes et donc au jeu aérien et souple d’Olivier Colette. Le résultat est beau… tout simplement.
Allez écouter les solaires « Seagull’s Flight » ou « Brazilian Sunflowers », les swinguants « Hepta » et « Twisted Minor Blues », l’intimiste « Introspection » ou encore le bluesy « Sweet, Simple and Beautiful » qui résume peut-être a lui seul l’esprit de ce très élégant disque.
PHI est, au final, beau, excessivement bien balancé et intelligemment distillé. CQFD.

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Ossola – Gilbert Paeffgen Trio  J’avais découvert Gilbert Paeffgen et son univers particulier en 2012 en me baladant dans les Sentiers de Sart-Risbart où il se produisait en duo avec Susanna Dill. Étonnant moment.
Le batteur suisse-allemand vient de sortir un nouvel album avec son trio cette fois.
En fait, Gilbert Paeffgen est peut-être plus percussionniste que batteur. Sans jamais oublier le groove ni le swing, il caresse les harmonies, les mélodie ou les simples suites de notes avec beaucoup de sensibilité, voire même de sensualité. L’album, enregistré live au festival « Jazz und Klassiktage Tübingen », sonne profond et résonne grave… « Ossola » est un disque quelque peu inclassable mais tellement attachant qu’on le redécouvre à chaque écoute en y prenant chaque fois un peu plus de plaisir.
Par la pulsation très personnelle qu’il distille, Paeffgen semble attirer avec lui le contrebassiste Claude Meier au plus profond de la terre, provoquant, de cette façon, un contraste saisissant avec les notes syncopées, rubato ou mobiles de Yves Theiller au piano. On passe d’accords mineurs aux majeurs avec étonnement, comme si l’on retrouvait de l’air après une longue apnée. Les notes sont parfois étouffées (« Ach Was »), parfois libératrices (« Seldstredebd »), parfois obsessionnelles (« Es ist kein Schlager ») mais toujours inattendues.
Paeffgen joue avec le sombre pour mieux faire ressortir le lumineux. Il laisse respirer le temps. Parfois, il nous le fait même remonter à la surface en jouant du Hammered Dulcimer (de la famille des Cymbalums) qui ajoute une dimension encore plus particulière aux compositions. Surtout qu’il joue de cet instrument de manière hypnotisante, répétitive, presque mono maniaque. On entre alors dans une autre dimension du trio jazz qui fait autant appel à Satie ou Jarrett qu’au chamanisme.
Un disque aussi énigmatique que magnétique.
Un disque et un artiste à découvrir.

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Vers l’Azur Noir – Joachim Caffonnette  Après un premier et très bon album en quintette (« Simplixity »), le pianiste Joachim Caffonnette revient au trio (avec Alex Gilson à la contrebasse et Jean-Baptiste Pinet à la batterie). Le titre de ce nouvel opus, « Vers l’Azur Noir » (qui fait référence à Rimbaud mais aussi aux migrants qui tentent une traversée vers un avenir meilleur) colle parfaitement à l’ambiance générale de l’album : un certain optimisme tempérer par une réalité pas toujours rose.
Joachim ne fait pas de la musique pour faire de la musique, il veut aussi et surtout faire passer des messages, donner son opinion, tenter de conscientiser les gens face aux injustices. Il aurait pu le faire avec rage, mais il le dit avec un certain recul, de façon induite, avec une dose de tendresse, de légèreté et de fatalisme aussi. « Perspective » se gonfle d’une belle énergie baroque et « Inner Necessity » est swinguant en diable, tandis que « Tripoli’s Sorrow » ou « Vers l’Azur Noir » se font plus mélancoliques et poignants. Avec « A Mawda », en hommage à cette petite fille de migrants de deux ans tuée par balle par un policier, il prend tout le monde à contre-pied, ne retenant, dirait-on, que les brefs moments de joie d’une enfance inachevée. L’optimisme est résolument de mise en clôture du disque avec le rayonnant « Jax And Reddy ». Le trio est soudé et toujours en alerte (cet élégant solo de batterie sur « Inner Necessity ») et les échanges sont fluides et vifs (ces relances à la contrebasse sur le délicieux « Hey Jude »). Quant à la complicité, elle est encore plus évidente sur cette merveilleuse reprise de « Monk’s Dream » (enregistrée en concert) qui voyage, s’étire, se transforme et groove du tonnerre. « Vers l’Azur Noir », un album engagé, équilibré et plein d’humanité. Un album qui fait du bien.

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The Wordsmith – David Linx et Michel Hatzigeorgiou  Quand un chanteur et un bassiste qui se connaissent depuis très longtemps se rencontrent, ils ne peuvent certainement pas parler de choses banales. Aucun d’eux ne peut se cacher ni mentir. C’est ce qui se passe dans ce disque improbable et d’une sincérité hallucinante entre David Linx, le chanteur, et Michel Hatzigeorgiou, le bassiste. Depuis longtemps ils s’échangeaient notes et mots, mélodies et harmonies, en les réinventant chaque fois, en approfondissant leur sens pour en retirer l’essence unique. Ils ont façonné un dialogue pudique et singulier, qu’ils gardaient précieusement pour eux. Finalement, ils ont décidé de partager ces secrets sur un disque sublime, épuré et d’une sensibilité extrême.
The Wordsmith – le forgeron des mots – ne pouvait pas mieux porter son nom. Chaque mot, sorti tout droit de la plume de Linx («Jessica Smokes», «On Either Side» entre autres) ou ceux, empruntés a des classiques («Rosa» ou le magnifique «The Wind Cries Mary»), sonnent et résonnent comme nul autre. Et la basse électrique de Hatzi les enrobe, les porte, les magnifie dans un jeu d’une musicalité éblouissante.
On écoute et réécoute cet album à l’infini et on se laisse porter, emporter, embarquer par les paroles, la musique et… les silences.
The Wordsmith est un album d’une simplicité et d’une pureté inouïes que seuls des musiciens exceptionnels (David Linx a été récompensé d’une Victoire de la Musique amplement méritée) sont capables de magnifier. A mettre entre toutes les oreilles.

 

A bientôt pour la suite ?

A+

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