Joëlle Léandre Solo – Expo Yves Zurstrassen à Bozar

L’artiste belge Yves Zurstrassen a beaucoup été inspiré par le jazz. Le free jazz surtout. Ou, du moins, c’est le jazz qui l’a toujours accompagné. Du jazz robuste et plein de caractère, celui de John Coltrane, Evan Parker, Archie Shepp, Ornette Coleman ou encore de Joëlle Léandre.

IMG_8471.jpg

A l’occasion d’une rétrospective des 10 dernières années de travaux de Zurstrassen, Bozar a eu la bonne idée d’inviter, le 26 novembre, la contrebassiste française à donner un concert exceptionnel au milieu des plus belles toiles de l’artiste.

Joëlle Léandre est un phénomène, une légende de la contrebasse, de la musique contemporaine, de la musique improvisée et du jazz. Sa discographie est pléthorique. Elle a collaboré avec les plus grands : de Morton Feldman à John Cage, d’Anthony Braxton à Barre Phillips (pour faire court).

Sa musique est sans concession, dénudée, honnête, sincère, brutale parfois, mais toujours légitime, toujours justifiée.

Devant une centaine de personnes réuni dans la première salle de l’expo, face à la toile « Fond Jaune », Joëlle Léandre s’empare de son instrument, souhaite la bienvenue à tous, en toute simplicité, puis se lance, presque sans réfléchir. L’archet glisse, crisse, caresse et rebondit sur les cordes. La main gauche cavale sur le manche, galope, vole, voyage…

Au travers de sa contrebasse, Léandre parle de sa vie (ou plutôt de la vie), des rencontres, de la culture, des arts, des plantes, des chats, des gens. Avec force, tendresse et beaucoup d’humour. Elle parle, elle chante, râle, éclate de rire. C’est fascinant.

Entre improvisations totales et pièces écrites de sa propre main ou de l’œuvre de John Cage, Joëlle Léandre vit la musique. Totalement.

Elle prend le temps aussi de raconter et contextualiser ses compositions mais aussi ses sentiments, ses idées, ses réflexions.

IMG_8452.jpg

Elle raconte le quotidien dans l’hilarant « Cat Studies », digne de Queneau. Puis elle s’assied en tailleur derrière sa contrebasse qu’elle a couchée. Elle l’utilise comme un instrument de percussion et se met à psalmodier, prier et chanter à la manière des indiens. Elle parle comme on parle entre amis, sans langue de bois, avec un mélange de bon sens et de folie douce. Elle parle beaucoup et l’on boit ses paroles (je vous invite d’ailleurs à lire le réjouissant et très éclairant « A voix basse » de Franck Médioni).

Joëlle Léandre a inventé un vocabulaire, une respiration unique, un univers passionnant. C’est une musique du corps et du souffle et, finalement, il n’y a rien d’éprouvant à l’écouter, aussi exigeante soit-elle. Car elle est naturelle, elle coule de source, elle s’immisce dans chaque recoins de notre esprit, elle révèle des couleurs, des formes, des images abstraites ou, au contraire, très concrètes… un peu comme les œuvres de Zurstrassen.

Magnifique et poignante soirée.

 

 

A+

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :