Jazzques écoute – Octobre 2019

Comme je le disais il y a dix mois (!!!), je poste presque régulièrement sur ma page Instagram (abonnez-vous 😉 ) les disques (pas tous) que j’écoute, en les accompagnant d’un bref (voire parfois très bref) commentaire.
Je pensais compiler ces « post » sur mon blog (genre deux par mois, plus ou moins), … et puis le temps file beaucoup trop vite…

Certains albums sont parus depuis longtemps, bien sûr, mais ce n’est pas une raison pour les oublier.

Première séance de rattrapage.

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Le monde de Lynn Cassiers est unique, on le sait. Alors que dire de son Imaginary Band ? D’abord, qu’il porte vraiment bien son nom, ensuite qu’il habille trop bien la voix onirique (irréelle ?) et fragile de la chanteuse.
Les compositions sont d’une finesse incroyable, transcendées par le jeu magnifique de la violoniste Ananta Roosens mais aussi de Niels Van Heertum et de Sylvain Debaisieux, aussi discrets qu’indispensables. Et puis il y a Erik Vermeulen, jamais aussi à l’aise et inventif que dans ce genre de contexte. Lynn chante, raconte et nous embarque dans son monde, en s’amusant intelligemment, et avec subtilité, d’effets électroniques. Quant à la rythmique (Manolo Cabras et Marek Patrman) elle agit comme une pulsation souterraine. Enivrant et poétique. Beau. Très beau.

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J’avais vu Malaby, Dumoulin et Ber lors de leur passage au (feu) Bravo à Bruxelles (en 2015) où a été enregistré une partie de cet album. L’ouverture de la musique aux improvisations totales m’avait assez impressionnée. Il en est de même dans cet album Maps & Synecdoches. Chaque composition est prétexte à des délires rythmiques ou atmosphériques. On sent bien la musique se tordre et se (dé)former au fil des morceaux. Jozef Dumoulin, au piano ou au Fender Rhodes triture les sons auxquels répond (à moins que ce ne soit l’inverse) Tony Malaby. Le soprano se fait sinueux et imprévisible, tandis que le ténor hurle grassement ou se fait moelleux suivant les thèmes. Quant à Samuel Ber, il reste inventif d’un bout à l’autre. Son drumming (qui va au-delà du drumming d’ailleurs) est parfois abstrait, parfois tachiste, parfois violent, mais toujours en résonance avec le jeu de ses deux comparses. Une musique dense, solide, exigeante et (presque) éprouvante, qui n’en est pas moins fascinante. Soyez préparés. Vous voilà prévenus.

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Samy Thiébault aime le changement et les voyages. Une fois l’Afrique (du nord ou de l’ouest) une fois les Caraïbes. Il aime aller là où ça respire son enfance (une fois la pop, une fois le jazz). Avec son album Caribbean Stories, c’est clair, c’est annoncé et c’est une suite logique.
Au ténor (et parfois à la flûte) il raconte son histoire. Il y a un côté brut et vrai dans sa musique (même si elle semble enjouée et « simple », entre guillemets). Thiébault est entouré d’un bel équipage (Inor Sotolongo aux percus et Arnaud Dolmen aux drums, Felipe Cabrera à la basse (très sensuelle), Hugo Lippi et Ralph Lavital aux guitares pétillantes et Fidel Fourneyron au trombone pour ajouter un supplément de brillance au jeu généreux du leader). On prend plaisir à se laisser emporter par « Calypsropia » ou « Puerto Rican Folk Song », ou à se laisser bercer par le mélancolique « Aïda », entre autres. Les histoires de Samy se laissent écouter aisément car, c’est là la force, elles sont remplies de sentiments authentiques.

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Album excitant qui navigue dans les eaux troubles du prog rock, de la jazz fusion et du psyché.
Dominique Vantomme est aux claviers et c’est la fête aux Fender Rhodes, Minimoog et autres Melotrons. Le grand Tony Levine à la guitare électrique et au Chapman Stick (!) Ça sonne fort… et fort bien ! On n’est pas loin de l’esprit Genesis, King Crimson ou parfois peut-être Maavishnu... le côté contemporain en plus.
Une rythmique solide sur laquelle les solistes s’envolent et improvisent de façon magistrale. Le drumming de Maxime Lenssens est sec, vif, puissant et groovy.
Tour à tour dense et nerveux, mystérieux et envoûtant, complexe et évident, Vegir tient en haleine d’un bout à l’autre. On se laisse surprendre à tout moment.
« Sizzurp » et son côté anguille, « Agent Orange » qui se termine en furie rock (Michel Delville intenable !!), « Double Down » hypnotique… Une fusion proche de la fission ! Top !

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Quel bel album. Et quel équilibre.
Sal La Rocca s’est bien entouré. Il y a, dans Shifted, le feu et l’eau. L’alcool fort et le thé apaisant. Jeroen Van Herzeele au sax, souvent incandescent, parfois furieux, est toujours intense (« Psalm » et son héritage évident, « Cache-Cash »). Au piano, Pascal Mohy, ce faux romantique (écoutez « Syndrome » par exemple) invente des phrases avec une facilité et une justesse touchantes. Le drumming de Lieven Venken s’adapte à toutes les situations (un véritable caméléon). Shifted, ce sont des compositions vives et profondes, pleines de reliefs et de surprises… Et Sal tient la baraque. C’est le boss. Ça claque quand ça doit claquer et c’est rond à souhait quand il faut évoquer des sentiments avec pudeur (haaa… ce « Bicycle »!).
Une totale réussite.

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Ils se connaissent depuis très longtemps et ils ont décidé de jouer pour se faire plaisir. Du coup, ça nous fait plaisir aussi. Stéphane Huchard fait sonner la batterie comme des vieux tambours New Orleans (et c’est fort), Thomas Bramerie fait chanter la contrebasse (woo, cette version de « Every Time We Say Goodbye »), et Stéphane Guillaume s’envole et flotte là-haut, tout là-haut à l’alto, au soprano ou au ténor. Les standards ultra entendus, tirés de grandes comédies musicales (« You Go To My Head », « Darn That Dream », « My Foolish Heart » … ), se réécoutent avec gourmandise. Cultisongs Trio. Fallait oser. Mais comme c’est sincère et surtout très personnel, ça marche. Ça marche très bien même.

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Un plus un. C’est un album « trois titres » mais ça dure une heure. Une heure d’impros libres en duo. Marius Morsomme aux drums et Clément Dechambre aux sax, flûte, synthé et autres effets. « N’ayez pas peur », comme disait Brigitte Fontaine dans « Comme à la radio », n’ayez pas peur de vous laisser emmener dans ce labyrinthe mystérieux. La musique est mouvante, elle se construit doucement, par longues respirations, puis s’accélère, change de couleurs, se densifie… puis s’évapore. Tantôt en apesanteur, tantôt chaotique, tantôt groovy et dansante, tantôt hypnotique, cette musique vous fait voyager.
Aménagez-vous une petite heure pour tout oublier et vous laisser envahir.

A très vite pour la suite du rattrapage.

A+

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