Brussels Jazz Festival à Flagey – Martin Salemi trio et Antonio Sanchez & Migration

Soirée chargée à Flagey ce samedi 12 janvier dans le cadre du Brussels Jazz Festival.

Au programme, Martin Salemi trio (au studio 1), Antonio Sanchez & Migration (au studio 4) et Echoes Of a Zoo (dans le patio, et que je n’aurai pas l’occasion de voir).

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Vers 19h30, dans l’intimité du studio 1 qui affiche complet, le pianiste Martin Salemi présente, avec son trio ( Fil Caporali à la contrebasse et Toine Cnockaert aux drums ) la plupart des morceaux de son excellent album Short Stories ( paru chez Igloo l’année dernière ).

Dans son attitude inimitable de clown désabusé et pince-sans-rire, il attaque «Confidence». Le style est très evansien dans la progression harmonique, dans le toucher et presque même dans l’attitude. C’est ensuite «Si j’avais su», toujours aussi romantique mais qui, cette-fois, fait peut-être de l’œil à Bach. Le jeu est soyeux et chaleureux. Entre la contrebasse qui bat le temps en s’offrant quelques libertés et la batterie qui susurre le tempo, la complicité est parfaite.

Martin Salemi a une façon bien particulière de présenter ses morceaux. Il laisse en suspens ses phrases, comme pour nous inviter à les compléter ou à en deviner les doubles-sens. Comme pour garder la surprise sans doute.

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Le trio nous berce alors entre fragilité et ambiances nocturnes. Mais il y injecte de façon dispersée quelques pointes orientales ( «Tamanrasset», dans lequel Salemi joue les quart de tons et quelques arabesques sans en faire trop ) et des parfums sud-américains subtils ( «Regina» ). Puis il hausse un peu la cadence avec «Early Morning» ou «( Working ) Summer».

La musique de Martin Salemi reflète bien son caractère et sa personnalité : un peu sombre extérieurement et légèrement ( car il reste méfiant quand même ) optimiste intérieurement. Il traverse le jazz comme on traverse une rue sous la pluie… mais sans se presser. C’est sans doute cette fraîcheur et cette insouciance qui rend ce trio très attachant.

 

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Changement d’ambiance dans la grande salle du Studio 4

Antonio Sanchez impose d’emblée un gros son avec son impressionnant quintette dans lequel on retrouve John Escreet au piano, Matt Brewer à la contrebasse, Chaise Baird au sax et à l’ewi et Thana Alexa au chant.

C’est certain, en tant que mexicain résidant aux States, Antonio Sanchez a du mal à rester muet face à la politique de Donald Trump. L’illustration de la pochette de son dernier album qu’il présente ce soir ( Lines In The Sand chez Cam Jazz ) est assez explicite. Et en concert, bien entendu, il dénonce les mêmes dérives. Sanchez s’en expliquera d’ailleurs clairement après le très long premier morceau ( «Travesia» ).

Plongé dans le noir, le groupe fait son entrée sous les sirènes de flics, les dialogues ( de sourds ? ) entre force de l’ordre et ( soi-disant ) illégaux.

Sous les coups de batterie lourds de sens, on plonge dans un magma sonore immédiatement suffocant. Le chant incantatoire et fantasmagorique hésite entre douleur et supplique. Le voyage est long, sinueux, inquiétant. Si l’on ferme les yeux, des images fortes apparaissent automatiquement. La musique de Sanchez est très cinématographique. On comprend pourquoi Iñarittu lui a confié celle de son magnifique film Birdman.

La frappe est énergique, sèche et précise. La basse électrique ondule entre force et prudence. Le sax soutient la voix et le piano agit comme un fouet.

Après la traque, la course, la fuite, c’est l’espoir qui semble poindre. Et ce sont des images nostalgiques d’un bonheur perdu qui nous viennent alors en tête.

Dans le genre coup de poing, on ne fait pas mieux.

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Et Sanchez enfonce le clou en variant les ambiances comme on varie les points de vues. Avec «Bad Hombres Y Mujeres» ou «Home», on glisse alors dans une transe hallucinée sur des mélodies égrainées en rubato, en passant par un jazz fusion bouillonnant (Chaise Baird à l’ewi est intenable), puis par une sorte de folk imaginaire aux éclats d’improvisations rageurs (John Escreet, fabuleux de bout en bout) et aux chants à la fois plaintifs et célestes. C’est beaucoup. C’est peut-être même un peu (un tout petit peu) trop.

Cette musique est tellement dense, physique et puissante qu’elle en devient presque irrespirable. Mais ne serait-ce pas cela aussi le message d’Antonio Sanchez ? Cette volonté de nous faire ressentir physiquement la peine et la douleur d’une certaine injustice ?

Forcément, on sort de ce concert un peu secoué et il faut un peu de temps pour le digérer. Mais il résonne bien longtemps après l’avoir vu. Et il laisse des marques. Un peu comme le souvenir vivace de traces de combats dans le sable.

 

A+

Merci à ©Olivier Lestoquoit pour les images

 

 

 

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