Saint Jazz – Sal La Rocca quartet & Yotam Silberstein quartet

On ne dit plus Saint-Jazz-Ten-Noode, on dit le Saint Jazz. Mais rassurez-vous, depuis sa création en 1985, l’esprit est resté le même : du jazz dans tous les styles et pour tous les goûts.

Cette année, pour la 32è édition, on avait l’occasion de voir sur les scènes de la Jazz Station et du Botanique, Botafogo, Manu Gallo, Reggie Washington (dont l’album Vintage New Acoustic est une pure merveille ! ), Manu Hermia, mais aussi Sal La Rocca Quartet et Yotam Silberstein quartet.

Ce sont ces deux derniers groupes que je suis allé voir vendredi 28 septembre dans une Jazz Station pleine à ras bord.

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Le jazz est un esprit, un jeu, un partage et Sal La Rocca l’a compris depuis longtemps. C’est ce qu’il continue à défendre avec ses complices : Jeroen Van Herzeele (ts), Pascal Mohy (p) et Lieven Venken (dm). Ensemble, ils ont enregistré un nouvel album (Shifted) qui sortira début janvier. Mais ils n’ont pas attendu pour nous le faire découvrir ce soir.

Le titre éponyme de l’album groove d’entrée et semble même prendre de la vitesse au fur et à mesure que l’excitation monte. Imparable.

Sal n’a pas peur de plonger dans les racines du bop et de remuer le cool, afin de mieux se les approprier et de s’en détacher avec un naturel confondant. Il faut dire aussi qu’il est servi par un band de haut vol.

A la batterie, Lieven Venken, qui frappe sèchement et n’a pas peur de sortir des sentiers battus, soutient et pousse sans cesse Jeroen Van Herzeele, dont la pâte sonore se fait plus brûlante à chaque chorus. Clairement inspiré par Coltrane, le saxophoniste n’hésite jamais à projeter des phrases incandescentes, parfois même hallucinées. Il peut se permettre de jouer « out », limite « free », et de faire accepter son discours à qui pourrait en être un peu hermétique. Mais il sait aussi se faire plus doux, sans jamais perdre en intensité, sur « Psalm » par exemple, ou sur le nocturne et mélancolique « Bicycle » qui invite le public à une écoute des plus attentives.

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Et pour contrebalancer cette fougue (et parfois l’attiser), il y a Pascal Mohy au piano, qui joue comme une évidence, avec autant d’élégance que de fermeté. Le touché est magnifique, aérien, inventif et toujours inspiré. Autant il peut être sobre, délicat et romantique, autant il peut être mordant, piquant et vif. Avec lui, c’est un peu comme oublier qu’il y a des épines aux roses.

Les solos sont très rarement mis en avant mais s’intègrent plutôt à l’ensemble. Cela donne une puissance, une force et une profondeur supplémentaires. Il y a un vrai son de groupe et la cohésion est indéniable. Chaque morceau (« Waiting », « Cash Cash », « Ragga » ou encore « Syndrome » (de Carla Bley) ) agit comme une vague irrésistible. Ça vous prend aux tripes et ça vous décolle du sol. Que demander de plus ?

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Après une courte pause, c’est le quartette du guitariste Israélien Yotam Silberstein (New Yorkais d’adoption depuis plus de dix ans) de monter sur scène. Celui qui s’est déjà fait remarqué auprès de James Moody, Roy Hargrove ou Christian McBride, qui a aussi publié d’excellents albums personnels (dont Next Page) et qui vient de publier le non moins excellent The Village, est entouré ce soir de Noam Wiesenberg (cb), Daniel Dor (dm) et le fabuleux Vitor Gonçalves (p, accordéon).

Le premier morceau (« Milonga Gris ») est groovy en diable et « Matcha » ne l’est pas moins. Les mélodies et les tensions « positives », sont assurément les leitmotivs de ce groupe très uni. C’est brillant, lumineux et enthousiasmant.

Ce qui fait la force de cette musique est sans doute le fait que Yotam Silberstein a sillonné le monde en tous sens. Il y a, dans ses compositions, ses interprétations et dans la façon de les restituer, autant de « naïveté » que d’authenticité et de profondeur. Et la sensibilité est également à fleur de peau lorsqu’il chante doucement « Night Walk », accompagné magnifiquement à l’accordéon par Vitor Gonçalves. Frissons.

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La musique de Yotam s’imprègne de tout. De la chaleur du Brésil, de la nostalgie du Proche Orient (« Picture Of Yafo ») ou de l’énergie – inexplicable tant qu’on n’y a pas mis les pieds – de New York, qui est déjà un monde en lui-même.

Daniel Dor (vu, entre autres, avec l’explosif Avishai Cohen et Nitai Hershkovits au Tournai Jazz Festival) et Noam Wiesenberg maintiennent un feu roulant. Ça groove avec élégance et toujours sans agressivité. Chacun des solistes profite de moments d’ouvertures pour s’infiltrer sans hésitation et improviser de façon concise. Tout est dense et intense. Chacun s’écoute, se répond et se surprend. Le set est rôdé, la musique circule et le plaisir est inévitablement au rendez-vous.

Le public est ravi et ne serait pas contre un second rappel. Mais le week-end Saint Jazz ne fait que commencer, il ne faut pas trop abuser des bonnes choses.

Pour ma part, j’attend déjà la prochaine édition avec impatience.

A+

Merci à © Roger Vantilt pour les photos.

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