JazzLab 2.5 – Lynn Cassiers, Dré Pallemaerts, Hendrik Lasure à Flagey

JazzLab existe depuis 25 ans déjà.

25 ans d’organisations de concerts, de tournées, de workshops. JazzLab Series, c’est un peu l’équivalent flamand des Jazz Tour francophones organisés par les Lundis d’Hortense. Régulièrement, d’ailleurs, les deux associations travaillent ensemble. Les échanges existent et c’est rassurant. Le jazz n’a pas d’œillère et c’est tant mieux.

Ce 26 septembre, pour marquer l’événement, Mik Torfs et son équipe avaient investi Flagey pour proposer trois concerts (Lynn Cassiers, Dré Pallemaerts et Hendrik Lasure) et lancer la nouvelle saison.

Lynn Cassiers - Imaginary Band-9291.jpg

Griffures et caresses, sont les premiers mots qui me viennent à l’esprit à l’écoute de la musique de Lynn Cassiers. Tourbillon et lave sont les suivants.

Depuis des années, Lynn Cassiers a façonné un univers particulier et unique.

Sa musique évoque une poésie sombre et parfois torturée, mais aussi souvent, elle se rapproche des rêves de petites filles sages (?) et naïves.

Lynn joue avec les mots, les sons, les bruits, les chiffonnements de papier. Sa musique semble sortir de la brume. Et, si celle-ci est assez abstraite au départ, elle se mue rapidement en un mantra obsédant sur une rythmique tendue. Le groove est sourd et grave. Marek Patrman aux drums et Manolo Cabras à la contrebasse entretiennent une pulsation flottante. Des bribes de mélodies romantiques naissent sous les doigts agiles d’Erik Vermeulen au piano.

«Waterfalls», «Korrels» et le déroutant «Seven Ways Of A Hermit» s’enchaînent et nous emportent. Cet Imaginary Band, s’équilibre aussi à merveille entre les soufflants et les cordes. Sam Comerford (baryton), Niels Van Heertum (euphonium) et Sylvain Debaisieux (ts) donnent superbement le change à l’étonnante violoniste Ananta Roosens.

Cette dernière vient ajouter un subtil relief à l’ensemble avant d’aller à la rencontre de la voix irréelle de Lynn.

Frissonnements et enchantement sont encore d’autres mots qui me viennent en tête à la fin de ce concert envoûtant.

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Après une courte pause et quelques échanges avec des musiciens, collègues et amis au bar de Flagey, on retourne dans la grande salle pour écouter la nouvelle formation de Dré Pallemaerts.

Si le nom, Seva, s’inspire d’un des morceaux de son très bel album Coutances, le line-up est différent de celui-ci. On retrouve à la contrebasse Clemens van der Feen, Pablo Held au piano et Sebastian Gille au saxophone.

Les atmosphères musicales que Dré construit sont toujours délicates et sensibles. Avec elles, c’est comme si on se plongeait dans un bain chaud et salé. On est comme transi, désemparé. On s’abandonne et on se laisse flotter.

Ce qui étonne dans cette nouvelle formation, c’est d’abord l’incroyable connexion qui existe déjà entre les musiciens. Mais c’est aussi le son du sax ténor qui rappelle presque celui d’un alto avec, en arrière-plan, une légère rondeur en plus. Le souffleur allemand esquisse les phrases comme on dessine au fusain. C’est à la fois fin et flou, charbonneux et précis, dense et vaporeux.

Pablo Held, de son côté, développe un jeu plus sec et découpé. On le sent parfois, dans ce contexte en tout cas, plus concertiste que purement jazz. Quelle élégance dans le touché.

Les compositions de Dré sont souvent mélancoliques et raffinées, mais quand elles «boppent», c’est avec énergie, légèreté et optimisme. Sa musique est décidément très fluide et très nuancée. Elle demande une attention et une grande écoute pour en apprécier toutes la richesse. Mais avec la maestria de ces quatre musiciens, l’effort devient un plaisir.

Merveilleux moment.

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Et puisque l’on parlait de bain chaud, Hendrik Lasure nous en propose un autre avec son groupe Warm Bad. Autour du pianiste de SCHNTZL, on retrouve le fidèle comparse Casper Van De Velde à la batterie, mais aussi Sam Comerford (au tenor cette fois), Vitja Pauwels (eg), Benjamin Sauzereau (eg), Marco Giongrandi (eg) et Soet Kempeneer (cb).

Le premier morceau est assez amusant et décalé. Il est comme découpé par tranches qui alternent tempos haletants et moments suspendus. Warm Bad est une sorte d’exercice de styles où chaque morceau possède une couleur différente. On flirte tantôt avec le funk ou le blaxploitation. On pense parfois aussi à certaines mélodies et arrangements qu’aurait pu écrire Ennio Morricone. C’est parfois plus Floydiens ou plus minimaliste à la Michael Nyman.
Mais tout cela reste étonamment très cohérent et singulier.

Warm Bad se nourrit d’influences venues de partout et cherche, dirait-on, à abolir toutes les frontières. On ne peut qu’approuver…

Jazzlab 25-9283.jpg

Voilà un bel aperçu de ce que JazzLab proposera cette saison. Mais il y aura encore Donder, Bert Dockx Ottla, Teun Verbruggen, Lynn Cassiers Yun, Kleptomatics ou encore Sal La Rocca ou Igor Gehenot… (quand je vous disais qu’il n’y avait pas de frontière).

Bref, de bonnes raisons d’aller laisser trainer ses oreilles en Flandre.

 

 

A+

Merci à ©Geert Vandepoele pour les images

 

 

 

 

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