Devin Gray trio à l’Archiduc

DEVIN02.jpg

Mercredi 4 avril, l’Archiduc accueillait un trio inédit formé par le contrebassiste Lennart Heyndels, le pianiste Bram De Looze et le batteur américain Devin Gray.

Un trio inédit et basé sur l’écoute. Cela peut paraître idiot de dire cela, mais c’est particulièrement vrai ce soir car nos trois amis musiciens n’avaient jamais joué ensemble et encore moins la musique du batteur américain.

Devin Gray vient de New York où il joue beaucoup avec Ellery Eskelin, Michael Formanek, Chris Speed, Kris Davis ou encore Tony Malaby. Bref la crème d’une certaine scène avant-gardiste. Au-delà d’être batteur, Devin est aussi – et presque surtout – un compositeur. Et sa musique n’est pas des plus simples.

Et pourtant, aucune répétition n’était prévue avant ce concert. Le trio découvre les partitions juste quelques minutes avant. Lecture à vue, improvisation et, comme par magie, tout le monde se comprend et la musique jaillit.

Mieux, elle se développe, elle vit. Et comment ! C’est éblouissant.

Dans ce jazz très contemporain et très écrit, chacun écoute et évolue en fonction de l’autre. Lennart va chercher des notes dans le fond de sa contrebasse. On dirait qu’il la creuse pour y déterrer la vie. Il monterait presque dessus, comme pour la tordre, l’essorer, comme pour en tirer des sons enfouis. Bram, de son côté, est toujours aussi étonnant d’intensité et de surprises. Il se tortille sur son tabouret, entremêle ses bras et ses mains de manière peu orthodoxe. Puis, l’instant d’après, il semble détendu et déroule les harmonies, sourire en coin. La musique est exigeante et très travaillée et pourtant, elle se laisse faire, elle se libère, elle se révèle. «How We Learn The City», «Maine Blues» passent de l’extrêmement dépouillé au groove intense et robuste. «City Nothing City» ou «The Wire» se métamorphosent.

DEVIN01.jpg

Les notes et les accords que dépose Bram sur le clavier prennent d’abord le temps de résonner, de faire écho avec le silence. Lennart ponctue sporadiquement un balancement profond et méditatif. Devin use d’abord des balais puis, petit à petit, donne du poids à un blues, mélancolique et contrariée qui ne cesse de se développer. La musique est très découpée, très accidentée, mais les pilotes sont de véritables virtuoses. Le plaisir de relever ces challenges et de découvrir cette musique se lit sur le visage du pianiste et du contrebassiste. Quant au batteur, il semble éblouit, comme tout le public, par le résultat. C’est sans filet et l’adrénaline se ressent et se partage. L’expérience est incroyable, on est face à trois équilibristes…

A la fin de ces deux sets intenses, vivants et hyper créatifs, on est quasi sous le choc. Il faut un petit moment pour réaliser qu’on vient de vivre un moment magique. Un moment éphémère et inoubliable comme seul le jazz peut en offrir.

On reverra bientôt Devin Gray en Belgique, avec Michael Formanek, Dave Ballou et Ellery Eskelin. On se réjouit déjà.

 

 

A+

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

Créez un site Web ou un blog gratuitement sur WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :